Chéri Bibi


Chéri Bibi

Il était dans un coin du troquet, une place tranquille loin du baby, pas trop des toilettes pour sa prostate, entre le radiateur et le haut-parleur qui crachait à cette heure-ci la musique de clips soft.

De là où il était, il ne voyait pas le comptoir, un peu la rue et d’autre part, ce n’était pas ce qui l’entourait qui l’intéressait à cet instant-là. Non, même pas le journal égaré sur la table voisine et ses gros titres à pleurer qui disaient que Marine montait dans les sondages, que la peur avait gagné le cœur des Français.

Sans blague ! Qu’il pensait, quand le sien se pinçait à chaque bip de son portable et qu’une onde de joie l’envahissait en même temps qu’un frisson !

Où se tenait-il de coutume ? Ah, oui au comptoir, à l’heure de l’apéro, à l’extrémité, un coin tranquille quand ça jouait des coudes devant le Pierrot, que les verres teintaient et des rires gros et gras envahissaient l’espace. Il souriait, lui, dans le virage du zinc, les épaules rentrées et la panse trop large.

Par moment la porte tintait annonçant un assoiffé ou une tabagique, souvent les deux. Une bouffée de fraîcheur ou de moiteur accompagnait alors les intrus suivant les saisons. Leur venue attendue ou pas ne changeait rien à la bulle d’allégresse que les verres d’alcool dilataient à coup sûr.

Lui, hochait la tête à la conversation de son voisin en caressant ses cheveux gras qui se faisaient rares pourtant, au sommet du crâne. Mais ça, c’était avant que Carole y glisse ses doigts dedans.

Aujourd’hui, les épaules en arrière et les bras étalés, il souriait aux anges, sur la banquette en Skaï, celle où les amoureux se bécotaient quelques heures plus tôt à la sortie du lycée. Son regard fixait une vieille pub d’alcool fort venue des îles et qu’une déesse black caressait sur sa joue pendant que sa croupe semblait flatter le vent ou héler l’amateur d’épiderme exotique. Il bloquait sur la courbe des fesses et la cambrure du dos de la sirène ébène et une légère érection lui saisissait le sexe, comme quand il était jeune et qu’un rien tendait son slip.

De coutume son regard glissait sur le dessin et la saveur d’un punch frais venait, une fraction de seconde, secouer son gros bide.

Il était là à l’apéro ou pour le PMU puis il sortait penaud en saluant Pierrot d’un signe. La porte tintait et il rentrait la tête un peu plus dans ses épaules et ses mains dans les poches dans la bousculade du trottoir pas vraiment mieux, pas vraiment heureux, seulement satisfait d’être sorti s’aérer avant le déjeuner ou plus tard le dîner.

Il irait se vautrer sur le canapé et parler de tout et surtout de rien avec Simone pendant que machin sur l’écran plat causerait du temps et des trucs machins qui faisaient jaser, en gros comme sur le journal du troquet.

Il savait tout ça ! Sur le cuir du canapé qu’un plaid protégeait.

Avant, il était nu le cuir, le sien aussi et Simone lui caressait le sexe avec ses lèvres, celles qui souriaient, puis elle lui offrait celles sous le mont de vénus qu’il arrosait ensuite d’humeurs joyeuses. Mais ça, c’était il y a longtemps, aujourd’hui, elle ne lui offrait ses lèvres que pour un baiser furtif sur la bouche, histoire de lui dire qu’elle l’aimait encore mais plus comme avant.

Un nouveau bip le sortit de ses rêveries de caresses moites sous les cocotiers. Un Bip qui faisait bondir son cœur à chaque fois. Des mots d’amours puis des phrases coquines annonçaient des lendemains clandestins dans quelques hôtels charmants. Soudain, il était beau lui et sa calvitie qu’il avait achevée de tondre pour que sa nuque ne fasse plus ombrage à son front dégarni.

Carole de quinze ans sa cadette était passée par là, et n’avait pas froid aux yeux, des yeux qui rendaient beau tous les hommes qui les croisaient, pour peu qu’ils soient tendres.

Elle était tombée dans sa vie comme un pavé dans un lac endormi et faisait mille vagues dans son esprit.

Carole, et ses promesses, ses défis et ses seins tendus a ses lèvres à lui. Elle était belle d’où que son regard plonge, quand il léchait son bouton de chair tendre et que ses mamelons pointaient au loin puis disparaissait quand elle se cambrait de bonheur. Quand il effleurait de ses lèvres une hanche pour buter à la racine d’un sein, puis remonter jusqu’à la pointe et glisser dans le creux de sa poitrine pour s’y noyer.

— Je serai libre demain, mon chéri… Bibi

Elle avait dit chéri. Il aimait moins bibi, mais qu’importait.

— OK, ma belle, douces pensées.

Si ce n’était pas de l’amour ça y ressemblait.

Avec Simone, jadis, les textos n’existaient pas et les mots d’amour se susurraient à l’oreille. Ils étaient érogènes et se foutaient de la syntaxe et des fautes d’orthographe. C’étaient bien aussi, mais c’était avant…

Il avait payé son café au comptoir et salué Pierrot. Il sortit du bistro pour se joindre au défilé de la foule, à croiser des regards de femme et à se penser beau.

Simone regardait la télé…

— Tu rentres tôt.

— Oui, finalement la partie a tiré court

Il n’avait rien tiré ce soir, pensa-t-il. Le premier lapin de Carole ! Mais elle avait écrit chéri pour la première fois.

— Je vais prendre une douche.

La salle de bain, le seul lieu d’intimité avec un verrou, le seul où il pouvait se regarder et observer comme il avait maigri et comme il était séduisant encore à soixante ans.

Il se déshabilla, son sexe était tendu et une liqueur filante s’échappait du méat rouge turgescent. La douche lui ferait du bien, il voulait garder des forces pour le lendemain. Mais sa main se posa sur son sexe, et remonta doucement la chair de son prépuce tendre et humide et Carole lui tendait déjà ses fesses, sa croupe ondulante et sa main déjà, allait et venait sur sa hampe lubrique.

Elle désirait son sexe là dans un autre fourreau plus étroit et sec que sa liqueur filante enduirait. Pour la première fois elle désirerait sentir son pénis chaud dans son anus. C’est elle qui pousserait à son rythme, c’est lui qui le guiderait dans son ventre. Doucement… Tu parles !

Sa propre main s’agitait sur son sexe. Il entendait les pas de Simone derrière la porte, ou bien désirait-il ses pas, que la porte s’ouvre, qu’il ait oublié le verrou et que le regard surpris de sa compagne se pose sur son membre tendu pour devenir gourmand. Soyons fous ! Aux mirages nuls obstacles !

Folie ! La dernière goutte de sperme c’est le lavabo qui l’avala et le verrou était bien fermé et Carole n’avait rien à lui offrir et Simone était allée se coucher et peut être dormait-elle déjà, apaisée par la télé, sans désirs ni fantasmes.

Il enfila son pyjama rayé et traîna les pieds jusqu’au lit comme un bagnard qui revient du travail…

Simone sommeillait et il ne put s’empêcher de l’embrasser tendrement sur le front.

Son portable vibra soudain dans sa main.

Carole :

— Tu dors ?

Son sexe eut un frémissement presque douloureux. Une prémisse d’érection comme un bref hoquet.

Dans un soupir il pensa qu’il n’avait plus vingt ans…

Et que précisément, il n’était plus temps d’attendre.

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