Nuit debout

Le bistro était calme. Bob essuyait un verre en regardant passer des silhouettes juvéniles avec leurs allures dégingandées et un drapeau plié sur l’épaule, parfois noir, parfois rouge.

La rue de Marthe résonnait des rires et de quelques conversations animées. Un air doux et moite entré par la porte venait réchauffer la salle que ses vieux murs maintenaient fraîche encore. Un vieux juke-box muet dans un coin, un baby-foot endormi et le Jeannot accoudé sur le zinc et qui regardait sa dernière bière. Parfois son regard croisait son image sur un miroir au-dessus où se reflétait sa gueule déchirée de rides profondes et une autre plus singulière d’où sa barbe de trois jours n’affleurait plus depuis longtemps. Quarante-cinq ans, exactement, qu’elle barrait sa joue cette cicatrice. Un coup de matraque bien pensée sur le minot qu’il était, couché, fatigué et sans défense. C’était à l’angle de la rue Gay Lussac et de la rue des Ursulines. Ça flambait partout, ça tonnait et ça cognait.

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