Vingt et une minutes avant la fin du monde


Chapitre inachevé

Dire que j’ai peur ? Non, étrangement. Retrouver les miens ? Se cajoler, s’enlacer en pleurant ? Trop tard. Je pourrais donner à bouffer à mon chat, caresser ma chienne. Je pourrais.
De ma fenêtre, je vois le périphérique, il y a peu de voitures. Mais celles qui passent font n’importe quoi. Ça roule à fond, sans doute pour aller embrasser, là une mère, là un enfant avant la fin.
Le flash du radar déchire l’obscurité de cette dernière aube. C’est amusant la fin arrive au début. L’œil électronique continue son labeur automatique. Je vois même une voiture qui ralentit. Ses feux arrière s’illuminent. Putain de flash, il fera chier jusqu’à la fin. Cette pensée me donne une envie de pleurer. Je crois même que c’est elle qui me fait réaliser que je vais mourir. En définitive, de la fin du monde je m’en moque, mais ma fin à moi me révolte. Tout ce que j’aurai pu écrire ou faire encore !
Dix minutes, il ne me reste que dix minutes. L’idée de rester à ne rien faire avant ma mort et la fin du monde, me devient insupportable.
Soudain j’entends un coup de patin sur le bitume voisin. Un véhicule vient de se mettre en travers puis entame une valse de tonneaux. Je vois un enfant éjecté de la voiture et voler comme une poupée de chiffon. Encore un chauffeur qui a freiné devant le radar, le con. L’enfant pleure, sa mère s’extirpe de la carcasse de ferraille. Cinq minutes ! Je dois y aller, j’ai le temps. Je m’empare de mon arme favorite. Je dévale l’escalier et je me précipite vers le périphérique.
Déjà un immense carambolage s’amorce. J’arrive près du gosse et de sa mère qui râlent en se serrant l’un contre l’autre. Je les enjambe.

Un bruit de tôles froissées retentit dans mon dos. Putain de radar ! Je me regarde un instant dans sa vitre, un flash jaillit,. La photo sera réussie, ce sera ma dernière ; petit sourire en coin, la mèche rebelle sur le front, je m’imagine.
Mon bras armé d’une masse s’élève, puis frappe. La vitre du mouchard explose dans un cliquetis réjouissant. Je frappe et frappe encore, comme un fou.
Trois ans qu’il est là, nuit et jour, à me narguer. Trois ans, qu’une armada de robots se mobilise derrière cet œil pour traquer la vitesse des bolides mangeurs de fric, mangeurs d’énergie fossile. Sans compter toutes ces caméras dans les rues qui m’épient, ses sœurs en quelque sorte.
Il fallait que je le fasse, il fallait que je me le fasse ! Tu paieras pour les autres ! Et je frappe, je frappe ! Ha ! C’est bon !…
Fin du monde.

Guy MASAVI

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