Confettis glacés


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C’est drôle ! Un vingt-trois heures trente d’une veillée du Jour de l’An, l’instant où tous les grands enfants pressés font péter leurs feux d’artifice. De ma fenêtre, j’entends leurs explosions ou leurs sifflements stridents, je vois leurs paillettes d’or qui dégringolent.

Aujourd’hui ma migraine a cédé à midi et la neige est tombée tout l’après-midi, son tapis pâle se tache de mille couleurs clignotantes.

Pour ceux qui comme moi sont seuls, ce peut être d’un sinistre redoutable. Rien ne vaut une nuit de fête pour désirer mourir et ne pas se rater parce qu’on peut se faire chier dans la vie au point de se pendre. Les services d’urgence connaissent bien cela, là où la mort rôde loin des cotillons, Noël, Jour de l’An, même combat, la joie, la fête et la famille ! Cette année ce sera famille et patrie. Du travail, il n’y en a plus. Mais les clairons qui sonnent les rassemblements de patriotes imbéciles sont toujours là, plus que jamais. Mobilisés contre de grands enfants analphabètes faits bêtes qui se font péter la cervelle vide et le reste, à la foi puis à l’explosif.

De là où je suis, je vois toutes les lucarnes éclairées de mon voisinage ou celles qui ne le sont pas. Les deux vieux là-bas ont fermé leurs persiennes comme d’habitude. Ils dorment ou bien regardent la télé et c’est tout comme. Leurs nuits sont longues et celle-ci est pareille aux autres, une année qui passe… Il en reste peu à venir et pourtant ils sont indifférents ou alors, peut-être, trop de souvenirs les assaillent, trop de proches n’ont pas eu la chance de voir passer

cette nuit. C’est sans doute une manière de penser à eux.

J’ai le nez collé sur la vitre de ma chambre qui domine un peu le quartier, je partage presque l’indifférence des vieux, j’ai comme eux dans la tête, trop de visages avec des lèvres tendues qui m’ont souhaité une bonne et heureuse année. Je vois leurs faciès réjouis, je sens encore les lèvres des femmes de ma vie ; L’une qui ne sait pas qu’elle fête la dernière de son existence, et moi qui le sais, l’autre qui souhaite la dernière avec moi, son cœur est déjà ailleurs, et je ne le sais pas. En définitive, je n’aime pas ces effusions de souhaits standardisés trop souvent perfides ou hypocrites. Je suis ce soir seul et je regarde comme un étranger cette fête que je n’aurais ratée pour rien au monde il y a peu. Mais tout passe, je m’épargne une joie rituelle, superficielle et superstitieuse. Ce qui ne m’empêche pas d’espérer, même un misérable baiser mais pas sur la peau froide d’une joue pâle et poudrée, non, sur deux lèvres chaudes et charnues, rouges et affamées. Mais ce ne sera pas ce soir.

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