La liste Tinder


Putain de temps, il choisit toujours le bon moment pour vous balancer une rincée dans la gueule. Tout pue ici, les échappements toussent leur flügge de particules fines, les roues gerbent une mélasse à te dégueulasser le bas du froc.

Les humains sont égaux à eux-mêmes, moroses et imbéciles. Le bruit est partout, dans la rue, dans la musique, dans les vociférations de mes semblables. J’aime pas la ville et sont ramassis de laideur sur béton.

C’est dans la douce tiédeur d’un trokson que je me réfugie. Là c’est propret, ça sent bon sauf mon voisin de table. Je commande un café, le garçon n’est pas aimable. Le matin on se prend toujours la mauvaise humeur de son prochain pour un quelque chose qui nous échappe. Lui, peut-être sa gueule de bois, il prendra la mienne aussi par politesse.L’essentiel des clients a les yeux rivés sur le téléviseur, Johnny est mort. La belle affaire pour les ayants droit divers et variés. Pas pour mes oreilles, j’aime pas Johnny.

Noir c’est noir !

Vlan ! prends ça dans ta gueule.

On dirait que c’est un fait exprès, tu sors d’une nuit de merde à essayer d’oublier un amour fini. Cafard, alcool-tabac puis grosse migraine et quand le petit noir devrait dissiper tout ça, vlà qu’on te fout un peu plus la tronche dans ton vomi de pensées à gerber avec une chanson de l’idole des vieux.

C’était un ange cette fille-là, belle à croquer, vive et sensuelle à un degré qu’on peut pas imaginer. C’était son degré le poison. Le genre de fille qui te fait tout oublier même, que tu n’es qu’un numéro dans son carnet « Tinder » et qu’avant toi l’un avait honoré ses muqueuses et qu’après l’autre lui offrirait son sperme en offrande sur ses lèvres.

Elle aimait tout en amour et faisait semblant de t’aimer tout autant, avec un naturel désarmant. Peut-être même qu’elle était sincère. Pour moi, sait pas, sais plus. Ouille ! ma migraine… A ce degré-là, l’amour c’est bon, mais c’est la gueule de bois assurée. Pi, quand c’est fini, parce que tu as compris qu’elle se lasse vite de ses réguliers, tu pars le moral dans les chaussettes. Bon copain pour donner le change, mais avec une envie de lui cracher de vilains mots que tu regretterais après.

Parce que c’est quand même une chouette fille, à fuir en amour mais chouette dans la vie, mais copain-copain. Le feu qu’elle te file n’en vaut pas la chandelle. Ça, t’as beau le savoir avant, tu mords quand même, putain ! Que je regrette ma vie pépère, sans surprises ni extases, le doux ronron de ma cafetière et le bon jus qu’elle distillait…

Parce qu’il y a des filles à fuir et d’autres pas. C’est comme aux champignons les mauvais se dévoilent toujours, beaux à regarder et faciles à trouver, mais pas comestibles. Elle, en définitive c’était pareil, belle, sensuelle, douce et cool, mais un vrai poison pour fleur bleu, il y aussi des hommes qui le sont. Pas méchante pour deux sous. Non, insouciante, anesthésiée des sentiments, menteuse pour la bonne cause, ne pas te faire de peine, c’était gentil et truffé de bonnes intentions. Tu en meurs alors à petit feu, de muflerie en muflerie.

C’est con aussi, parque à la fin cette super nana que tu montais au nu, ta muse, ton modèle à coucher sur une toile, ben, tu ne la vois plus pareil. Elle revient sur terre nue et, cette fois, pas à son avantage.

C’était une belle personne, elle ne deviendra qu’un prénom dont tu rayes le numéro de téléphone, ses photos même dans la mémoire de ton portable, tes mots d’amours aussi. Les siens, pff… Vacherie…

Les poèmes que t’as écrits, ben tu les regrettes aussi, dommage. Quel gâchis !

C’est pour ça que je l’aimais peut-être. Que je l’aime encore et que ce putain de café n’est pas bon…

Un copain passe, un pas futé du genre à mettre les pieds dans le plat.

— Salut, t’as pas l’air bien, laisse-moi deviner. Olga ?

— Comment tu sais ?

— Qui ne sait pas ! Elle est sur Tinder et elle est bonne, mais tension à la gueule de bois après, si tu la revois souvent…

— Tu l’as vue toi ?

— Bien sûr que oui ! Tu vois un jour, je sonne chez elle, j’entre, je lui roule une pelle, elle dit pas non puis je la baise, j’ai déchargé un bon coup en levrette en la fessant, sais pas si elle a pris son pied, moi oui, et la gueule de bois, j’ai pas connu !

Son haleine puait la testostérone…

Il a pris mon poing dans sa gueule.

— Non ! monsieur ! on ne parle pas comme ça de cette femme-là.

Elle est belle, sensible et pleine de goûts cachés et si elle fait bien l’amour, pour tirer la quintessence de ce talent-là, il faut l’aimer Monsieur.

L’aimer oui, la caresser, l’écouter, la respirer, se laisser envahir par toutes les saveurs de son corps, poser la main avec douceurs sur ses rondeurs, savoir pincer un téton avec mesure et glisser ses doigts avec tact dans son intimité. Aimer sa voix quand elle jouit et le charme de ses humeurs intimes.

Bref monsieur, il faut l’aimer comme une dame pour être à la hauteur de la subtilité de ces caresses.

Et si de dépit comme moi vous vouliez la traîner dans la boue de ses défauts. Vous n’y trouveriez que joyaux à ses pieds, maladresses naïves, malentendus à dissiper, cachotteries puériles, des cruautés d’ingénue et des mufleries attendrissantes. Bref vous n’y trouveriez que matière à l’aimer encore.

Voilà Monsieur ce que vous avez raté en sommes, en la troussant comme un porc.

Pour ce coup-là Monsieur vous ne valez pas le quart de la valeur d’un verrat, son groin au mieux pour fourrager ainsi.

Le silence du café dura bien après ma tirade et que le gros con eut épongé sa morve saignante. C’est précisément à cet instant-là que le sourire attendri d’une femme accoudée au comptoir, a dissipé ma migraine…

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