Féria macabre


À la sortie de la corrida, la foule se partageait entre les aficionados présentables, sobres et dignes qui devisaient sur la faena de l’un ou de l’autre des toréros de la tardé et ceux des amphis déjà imbibés ou empressés de l’être qui se ruaient dans le boulevard, dépenaillés et brailleurs. Un boulevard livré aux marchands de grailles, de vinasse et d’alcools forts à prix enflés. L’ivresse rapide, l’ivresse brute était le moteur de la fête et de son tiroir-caisse. Si bien, que certains parmi les moins riches et des plus intempérants portaient, dans un sac à dos, un bidon rempli de pastis qu’ils suçaient par un tuyau à la manière des cyclistes, version « À la recherche de l’ivresse niaise ».

La corrida achevée, le spectacle du sang, de la peur et de la mort laissait place à celui de la joie facile de la cuite, de la communion imbécile et massive sur l’hôtel de la fête populaire. La ville de Nîmes entière vibrait de chants, de musiques et de cris dans la chaleur moite d’un printemps déjà torride. La sueur, la pisse et le vomi des tripes des joyeux drilles exhalaient ses « subtiles » fragrances dans les ruelles où se mêlaient des parfums de fritures et de marée pas fraîche. Tout se noyait dans la liesse, le bruit et la promiscuité forcée, plus ou moins dense à l’entrée des bodégas d’où mugissaient des lamentations ibériques et des cris hystériques.

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