Chant Final


En écoutant Jarett

https://youtu.be/F1xO8wq-wwM

Ta crinière rouge ma douce et ta peau blanche, tu es là. Pourtant le monde autour est autre que tendresse.

Plus j’observe le déhanché de Melania Trump, plus j’entends son grand niais et sa touffe blonde, je pense aux pauvres qui ont voté pour eux.

Lui, puissant, laid et vulgaire, elle potiche des potiches, ils ont fait bander l’Amérique… Feront-ils pleurer la planète ?

Comment la misère s’embarque dans le bateau ivre de cette démocratie spectacle. Minorités ethniques ou religieuses, femmes, tout ce que le monde fabrique de paria prend sa part au plébiscite de la médiocrité, du vice ou de la haine.

Les doigts de Kheith Jarett dansent sur le piano comme il y a trente ans. Impro divinatoire de la marche du monde. Impros d’enfants à cul maigre et gros ventre, leurs mères tristes et filiformes qui font photos de magazine.

Notre mauvaise conscience en couverture, là, pour faire civilisation.

Odieuse à bouffer de la viande quand d’autres crèvent sous le soleil, Melania parade encore sous le panache blond de son mâle au vent chaud de l’Afrique.

C’est laid et dégueulasse, alors je pense à nous et je nous trouve beaux. Nous et nos mots d’amour qui volent comme bulles de savon éphémères.

Par bonheur, tu es là à mille lieux et je désire te dire des « je t’aime » à toi et tes yeux bleus, toi et ta crinière rouge. Loin du tapage médiatique, foire vulgaire, foire « d’étripes » distinguées où l’on dézingue, le petit doigt au zénith.

Partout même combat d’image, mêmes urnes bourrées de choix abscons, de choix pour galerie, pour cérémonies d’investitures au garde-à-vous, un autre petit doigt sur la couture.

Je souhaiterais encore te dire je t’aime et que tu l’entendes quand le clairon sonne le rassemblement et que les moutons bêlent.

Décompte de conneries insondables pour insomniaques.

Ton chant sur le clavier de Keith peine à couvrir la rumeur du monde.

Il est indécent de ne pas vivre, rire et s’aimer quand d’autres vont crever et que rien ne nous indique qu’autre chose de supérieur nous dépasse. Rien, non rien qu’un coucher de soleil sur le pic saint loup, rouge et menaçant pour des lendemains qui souffleront Zéphir, des lendemains qui chanteront Mistral et la caresse de ta main dans la mienne.

Quand tes hanches balancent et que la musique bascule. Alternance de froid et de chaud. Tantôt steppe, tantôt prairie de l’ouest où bisons et gazelles tombent sous la mitraille, éléphants d’Afrique comme ailleurs oies gavées et taureaux de combat, comme frères sanglier ou agneaux.

Nos Frères gibiers de potence languissent dans le béton des prisons quand d’autres, parce que riches en échappent.

J’entends, le murmure du chant des maquisards, le cri de Bellacio, ou de l’armée de l’ombre par de là les Pyrénées.

El Ejército del Ebro

Rumba la rumba la rum bam bam !

Je vois la silhouette du Che et sur l’estrade celle de Jean Jaures. Morts pour que survivent d’autres chants, celui de Néruda comme ceux des ponchos noirs de Kilapâyun quand le Chili pleurait.

« El pueblo unido jamás será vencido »

Les luttes vaines, toujours d’espoir, celles qui ont blessé ou tué pour en définitive voir parader un Trump, se “macroniser” la télé et les médias griffer les ondes et le papier des chèques par la plume de l’autorité.

L’encre de la justice bave toujours sur les arrêtés, les jugements, les mandats, la douce folie de l’ordre en marche et la sinistre menace de ses pandours haineux.

Ceux-là, qu’ils portent casques ou turbans, le même cerveau les guide, celui de l’obéissance à la bêtise.

Je devine ton parfum dans la noirceur du monde, comme un signal que je cherche à tâtons, ta chaleur, les sirènes de ta peau aux quelles je m’abandonne.

Le progrès serait en marche, slogan sans vergogne quand en Afrique de faméliques mères portent leur squelettique fils affamé par la spéculation sur les denrées alimentaires.

Certains d’entre eux ont l’indécence de se noyer en Méditerranée, quand d’autres ont l’audace de survivre chez nous.

L’horreur n’a pas de savoir vivre.

L’acier des canons fusionne dans l’encre des procurations, des ordres boursiers contradictoires qui vont et viennent comme les vagues d’un océan de fric. Parfois, rides d’écumes pour jaillir en déferlante toujours plus haut, toujours plus vite, pour que les nababs de la mondialisation surfent enfin sur un tsunami d’écu, un flot d’injustices et de crimes impunis.

Rémi, Amada, Clément et tant d’autres…

Ni oubli, ni pardon !

Jaures ! Guevarra ! Entendez-vous le cri des petits-enfants et arrières petits-enfants de ceux qui ont cru en vous et qui dansent sur l’écume des jours de plomb qui s’approchent.

Des espoirs et des peines, qui valsent çà et là, dérisoire ballet debout.

Résistance ailleurs sur d’autres continents.

Armée de clowns, chants, sabotages, poignards et concerts de mots d’amour pour la liberté de se faire entendre.

Certains s’agenouillent et nous prient d’attendre des lendemains soumis à des jouets grotesques : du plumet de Trump aux dents blanches d’un Macron, du christ en croix qui pleure depuis des lustres au prophète enturbanné qui éructe depuis à peine moins.

Je t’aime nue exactement comme ceux-là te détestent, je t’aime effrontée et le verbe haut dans tes polyphonies au timbre féminin.

Des femmes ailleurs luttent pour la dignité de leur genre meurtri.

Pas des premières dames potiches d’échiquiers de pacotille.

Non, de vraies debout, poing levé, torses nus, la rage au cœur pour offrir à leurs sœurs le courage d’espérer et souffler…

Souffler, ah ! souffler, nous y voilà enfin.

Du souffle, nous en restera-t-il ?

De l’air, de l’eau claire pour rire et s’éclabousser sur les ruines d’un vieux monde malade de nos déjections, celui qui achète sa survie dans un grand marché où se pressent des édiles par la volonté de masses ahuries.

Pas nous, fils de Jaures ou de Che Guevarra ou fils de rien, seulement indignés par trop d’injustices, pas ceux trop précaires ni ceux déjà en sursis dans leur corps trop maigre, pas le taureau et ses frères sensibles sous l’épée du torero ou le canon du chasseur, pas ceux enfin partout qui ne jouent pas au poker du profit. Pas ceux en général qui ne miseront rien sur ce trip-là, qui ne répondront plus aux sirènes du pragmatisme, au miroir aux alouettes des promesses électorales, du pouvoir ou de la corruption.

J’entends leur cri de résistance partout, fragiles lueurs, mais admirables dans la nuit qui gagne.

De notre Dame des Landes à Bure jusqu’au quartier d’Exarcheia la noire d’Athènes et les Hautes Terres du Chiapas au Mexique, dérisoires communes libres mais toujours debout par la force des poings levés.

C’est un feu qui couve dans l’attente d’un souffle d’espoir.

Un coquelicot solitaire qui aspire au printemps en rêvant de Paris.

Une cerise qui attend nos lèvres mon amour.

La note finale d’un concert de Keith.

Le texte sur Atramenta—->

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