Boue et barbouzes

La lettre officielle du ministère ne l’avait pas surpris. Il fallait que cela arrive un jour. Dans ce métier, rester indéfiniment sur la ligne rouge entre sa conscience et la connerie élevée au rang de devoir était impossible, il fallait choisir. C’est le nouveau ministère qui tranchait. Le commissaire Bakar était relevé de ses fonctions. Il devenait hors cadre. Un placard doré lui était promis en guise d’avancement.

— Une retraire à vingt-cinq ans, je prends ! pensa Bakar en déposant son flingue.

Le ministère n’imaginait pas la somme d’emmerdements à laquelle il s’exposait en laissant inactif, et dans la nature, un limier de la trempe de Mohamed Bakar.

L’attaché du ministre de l’Intérieur avait pourtant averti sa hiérarchie.

— Bakar sorti du rang est une bombe à retardement qui va tôt ou tard nous péter à la gueule ! Rappelez-vous l’affaire du suicide de Bresson dans la préfecture du Gard. Il peut tout se permettre !

— Du calme, mon ami, je maîtrise, lui répondit le ministre. On ne peut pas laisser en fonction un petit merdeux qui fume du cannabis dans son bureau et ferme les yeux sur les petits dealers de shit. Cela, la République ne peut le tolérer !

— Tu parles ! Il s’en tamponne de la République ! La seule chose qui compte pour lui, c’est la vérité ! pensa le fonctionnaire.

Et la vérité ? Le ministre de l’Intérieur la connaissait déjà !

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