Plates excuses

J’adresse mes plus plates excuses à celui qui m’envoya les uniformes samedi à 22h30 pour tapages alors que je ne dansais qu’une bourrée trois temps sur l’air paisible des chaussettes à clou de Boris Vian.

Dans mon quartier je ne connais pas d’infirmières ni de boueux héros de la pandémie, à défaut j’ose espérer qu’il fut un travailleur harassé et matinal ou déprimé et insomniaque à sa énième portion de benzo,

Et pas celui qui claque sa portière à 5 h du mat, ou celui qui fait ronfler sa bécane quelques heures plus tard ni même le jardinier du dimanche matin qui rugit de la tondeuse sur son gazon gavé d’eau potable.

Pas non plus celle qui rit fort et celui qui gueule l’heure venue de l’apéro ou bien celui qui fait ronfler les basses de ses chefs d’œuvres musicaux aux heures aléatoires d’inspiration cannabique.

Pas de ceux qui font la fête dans leur jardin deux fois le mois ni de ceux qui plongent en gueulant dans la piscine à 2 h du mat, parfois les deux en même temps.

Pas de ceux encore qui laissent gémir leurs clébards désœuvrés des journées entières.

Je n’imagine même pas qu’il fut celui qui crache la poudre et les plombs à l’aube, un jour d’ouverture de la chasse, offrant à la garrigue le sinistre fond sonore de Dien Bien Phu ni celui qui chante « on est les champions ! » une nuit de juillet, devant son chien médusé de tant d’humanité.

Je ne suis pas de ceux-là, j’ai pour habitude de râler en silence, de bougonner dans une demi-léthargie, de fermer ma fenêtre aux chants de ma voisine au risque de n’entendre alors que ceux des moustiques.

Je suis celui qui dit bonjour à son prochain casse-pied et les yeux dans les yeux lui touche un mot sur ses nuisances avec respect et bienveillance.

Je ne suis peut-être qu’un voisin tolérant faute d’être vigilant… Amoureux du présent et heureux de vivre en harmonie avec d’autres humains aimables.

Je suis aussi celui qui par égard pour l’uniforme n’irait pas interrompre la belote nocturne de nos municipaux de garde.

Je n’étais qu’un quidam qui offre un bal-folk une fois l’an à ses amis et voisins les plus proches.

Pardon d’avoir oublié le reste du quartier.

J’adresse encore mes plus plates excuses à l’anonyme promiscuité qui ne peut être des sus-cités et que j’ai incommodé un soir qui n’était pas coutume.

J’avoue même, nul n’est parfait, avoir poussé la chansonnette une autre nuit d’été trop arrosé et peut être vrillé ses tympans en chantant un refrain de l’ami George : « Le roi des cons ». Chanson prémonitoire alors à ce “mitoyen” retors.

S’il m’épargna cette fois-là la maréchaussée c’est sans doute qu’il aimait aussi notre moustachu et s’il se fut le cas, il y a donc peu de chance qu’il le soit. Le roi…

À moins qu’il ne fut pas si proche que ça… Compatissons alors à son hyperacousie.

Enfin, Harr ! J’en tords ma plume car ça m’en coûte, d’exprimer toute ma sympathie aux flics qui m’accordèrent par deux fois un sursis bienveillant à la contredanse si je ne baissais pas le son des valses, mazurkas et autres gavottes ou rondeaux.

Votre voisin impardonnable

Guy Masavi

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