Que Sigmund me pardonne

La fabuleuse découverte de Guy…

Vous allez pénétrer dans les tréfonds d’une caverne, pas n’importe laquelle, celle de ma mémoire, de mon histoire. De son début.

Ça commence quant au fait ?

Difficile à dire. Je pense vers 3 ans.

Dans les images qui refluent, je vois tout en grand. Les grands sont très grands. Les petits ne sont pas des grands !

Premier stade de la construction de la personnalité d’un futur auteur perspicace !

Deuxième stade : il existe des mamans et des papas. Là, passons, rien que de très banals. Les papas ont des pantalons et les mamans des cheveux longs et des jupes.

Le sens de l’observation de l’artiste se dessine là.

Il existe des petites mamans qui ont aussi des cheveux longs et des jupes, elles fréquentent ma cour de récréation et ma classe. Elles ne jouent pas aux mêmes jeux que moi, sauf à papa-maman. Elles restent souvent entre elles. J’aime bien être entre elles.

Je suis raide dingue de l’une.

Elle s’appelait Corine et, croyez-le ou pas, c’étaient des lustres avant l’événement incroyable que je vais vous décrire plus loin.

A cet âge-là, soit 3 ans, chaque année de notre mémoire paraît des siècles. Elle vient du big-bang de notre naissance à l’infiniment lointain de notre avenir. On dessine des jalons pour préciser les dates, la maternelle en est un. Par chance là, c’est facile, il y a les petits, les moyens, puis des grands. Peut-on faire repaires plus simples ?

La classe des petits, je la visualise très bien, même la disposition des tables quasi au ras du sol. La maîtresse a disparu de ma proto mémoire.

La classe des moyens était un baraquement en bois, je ne l’ai que peu fréquenté, la maîtresse était une peau de vache selon ma mère et elle m’a suggéré de prendre des congés cette année-là. Je ne me suis pas fait prier. Ma mère était institutrice dans l’école des très grands, elle était donc bien placée pour juger de ses collègues peaux de vache ou pas. J’en ai gardé un goût immodéré pour les vacances que je n’ai jamais prises à cause de mon métier.

J’étais le petit dernier d’une fratrie dont l’avant-dernier avait douze ans de plus que moi, ma sœur vingt ans et mon frère aîné vingt-deux. Des vieux…

Revenons à notre maternelle dont la cour, je le précise, s’étalait presque sous mon balcon.

De la classe des grands, vous allez rire, je ne me rappelle que du nom de ma maîtresse : Me Hilaire. Sa silhouette, ses cheveux longs qui ne laissaient aucun doute sur son genre maman. Elle bataillait pour me faire tracer des courbes bizarres entre deux traits horizontaux. Le début d’un calvaire qui s’appela plus tard orthographe et grammaire.

Je n’en garde pas un bon souvenir de cette classe, c’est là où j’ai découvert le stylo rouge, la marge et le mot travail. Pff ! Pas un bon souvenir, non…

Mais revenons à Corine ! Une petite maman que nous appellerons fille avec un visage d’ange. C’est marrant les anges n’ont pas de sexe, vous comprendrez pourquoi plus loin.

C’est sa frimousse qui m’a fait craquer, son visage que je trouvais beau, plus beau que celui des autres du même genre à jupe et cheveux longs et de mon format miniature.

Elle était belle, je ne la quittais pas des yeux, j’aurai voulu qu’elle me parle et m’admire, j’avais envie de la toucher et de l’embrasser sur la joue. Ce que je fis un matin lors d’une projection de dessin sur écran, avec un appareil qui ferait le bonheur d’un collectionneur.

C’était un jour pluvieux où la classe se serrait dans une petite salle obscure et sur de petits bancs. Ça sentait le ciré bleu, le caoutchouc de nos bottes et le mouillé de nos cheveux.

On nous projetait les canards et les cochons de la ferme. Bref, des dessins, métaphoriquement parlant, d’un érotisme furieux. Est-ce pour cela que je l’ai tenu par l’épaule tout le long de la séance, ma Corine ?

De ces instants, J’ai un merveilleux souvenir de félicité et de bonheur, sans érection.

Elle n’a pas repoussé ma main, il n’y avait pas de raison, elle n’en voyait pas parce qu’elle ne partageait sûrement pas mon émoi.

Mais je garde cette réminiscence comme authentique, trop de détails la corroborent, probablement la plus ancienne de ma vie, avec un rêve…

Un rêve qui se situe non loin dans le temps du frisson amoureux décrit plus haut. Ce songe est resté gravé dans ma mémoire, je m’en souviens comme si c’était hier.

Je suis devant un canapé dans le salon de mon enfance, seul avec Corine, et je l’invite à s’asseoir près de moi avec le désir intense de dormir avec elle. Dormir, oui ! Car à cet âge innocent, j’imagine que faire l’amour c’est dormir avec la maman de mon cœur.

Le désir de pioncer est intense au moment où elle s’assoit à mes côtés. Soudain, mes neveux et ma nièce font irruption dans la pièce et revendique aussi une place dans le canap. Oui, quand on est le dernier d’une fratrie dont l’aîné a vingt-deux ans de plus que vous, il arrive que le tonton soit plus jeune que ses neveux.

S’ensuit une course autour du sofa dont Corine est le témoin ahuri. La course est sans fin, elle s’achèvera avec le sommeil paradoxal d’une nuit de mes 3 ans.

Le souvenir de ce rêve a étonnamment persisté, témoin du trouble que me procura cette frustration onirique d’une sensualité délirante.

Détail amusant, j’ai flirté avec Corine vers l’âge de quatorze ans soit une éternité plus tard. Ben, ça ne m’a pas laissé de souvenir très précis, ni procuré de frissons amoureux intenses.

Mais revenons à l’objet de ce récit proto auto biographique. J’ai 5 ou 6 ans, je vis une vie de fils unique de par l’écart d’age que j’ai avec ma fratrie qui a quitté la maison.

Je dors dans un petit lit cage en bois à côté de celui de mes parents. J’ai le souvenir précis du crépi de tapons sec étalé à l’abri des regards sur l’une des parois, fier de cette pêche d’humeurs caoutchouteuses prélevées dans mes narines. Elle devenait miraculeuse pendant les rhumes.

Je ne connais alors de l’anatomie intime des mamans que le dos de ma mère. Je l’observe en cachette quand elle s’assoit au bord du lit pour s’habiller et pour verrouiller deux bonnets blancs étranges destinés sûrement à cacher des trésors au-devant.

Je ne crois pas si bien penser, mais je n’ai pas été allaité et je n’ai donc aucune idée de l’existence des seins chez les mamans à part ces mystérieuses merveilles qu’elles cachent sur leur thorax et qui font saillie sous leurs chemises, ou se découvrent discrètement à la faveur d’un décolleté.

Je n’ai alors aucune curiosité ni attirance pour ces corps de grandes mamans.

Que Sigmund me pardonne…

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