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C’est « Balèti » qui occupe mes journées en ce moment, une nouvelle dans le cercle d’un bal folk, je dis cercle, ronde et tout ce qui se tient par la main pour danser à plus de deux dans ces bals là. Une immersion dans une salle avec ses danseurs, leurs joies, leurs peines à oublier, surtout avec l’un d’entre eux, précaire en fourgon venu se perdre en Lozère, dans le froid et la neige pour danser là.
Sa vie, ses amours, ses emmerdes valsent avec lui. Tout de son vécu le suit sur le parquet, que volent ses partenaires, qu’elles tourbillonnent dans un cercle circadien ou une champenoise, le héros y sue sa vie avec elles.

Balèti

 

Un extrait

La mélodie du cercle circassien et sa cadence rappellent la mer du Nord. Elle sent bon les embruns bretons sur le granit des pierres dressées.

La ronde se lie par les mains sur le simple pas d’une marche. On avance et on recule à l’intérieur, deux fois. Puis les femmes seules s’avancent en dedans, elles se mettent en lumière, belles à regarder, peut-être à désirer, souples et félines. Ou simplement, qu’elles soient jolies pour l’un, jeune pour l’autre, pure subjectivité, elles existent sous les mains des hommes qui frappent la cadence.

Au bout de leur course en avant, elles crient entre elles, ultime défi. Quand les rebelles se replient, c’est aux hommes d’avancer, à balancer leurs hormones Y dans le cri et dans le geste pendant que les femmes à leur tour les encouragent en claquant des mains.

Et c’était parti, la fille qui tenait la main gauche d’Albin dans la ronde devenait celle qui lui faisait face et qui l’attendait à présent.

Il la découvre, elle et son sourire, elle et son corps de frêle gazelle ou de nymphe gracieuse et potelée. Elle ne paraît plus très jeune, elle est sans âge, comme toutes au bal ce soir, elle a un je ne sais quoi…

Elle tend les bras, il enlacera sa taille pour une folle « patinette ». Instants divins que cette intimité furtive avec cette inconnue ravissante ou avec cette autre enjouée et complice pour seulement trois petits tours sur place. Puis ils partiront en promenade côte à côte, un bras sur son cou, ses mains dans les siennes, les yeux dans les yeux. Pupilles ailleurs ou pupilles radieuses à partager ou pupilles pétillantes et chaudes de promesses.

Couples éphémères, couples pour de fausses fiançailles, le temps de quelques pas puis d’une passe, que le cercle se reforme et que celle à sa gauche devienne la nouvelle promise.

Et ça repartira pour d’autres tours, pour d’autres inconnues, d’autres tailles à serrer, d’autres yeux dans les siens, d’autres éclats de rire, car tout n’est ici que pour de rire.

Quoique, le regard d’Albin dans les yeux de Marie-Hélène et son sourire en réponse…

Métaphore chorégraphique des amours adolescents léger et joyeux.

Un amour simulé que dans sa quintessence. Le vrai ne se danse pas, il n’y a pas matière, pensait Albin.

 

Toutes passeront dans ses bras, même Émeline ! Toutes le quitteront.

Ainsi irait l’amour pour le meilleur et pour le pire, rondes et patinettes, bout de route, regards curieux ou joyeux et d’autres plus lointains, frapper dans ses mains, avancer et revenir, rires et oublier les larmes d’un amour qui s’achève.

Une enfant à sa gauche lui a saisi la pogne pour lui rappeler qu’elle voulait aussi danser comme les grands. Alors, il se fit petit pour elle, pour un bout de chemin, une parenthèse nostalgique qui rappelait que l’amour c’était parfois un bout de chou à naître. Histoire de plomber son allégresse, lui qui n’avait pas vu grandir ses mômes ou bien avaient-ils poussé trop vite dans le cercle circassien de sa vie.

 

La dernière note avait rompu le charme. Tous les acteurs du cercle s’applaudirent pour se dire qu’ils s’aimaient.