FAUT-IL SÉPARER LE CON DE SA CONNERIE ?

Ha ! j’ai mis un sacré bout de temps pour trouver le titre. Plus longtemps que pour écrire ce texte génial qu’il faudra séparer de l’auteur qu’il ne l’est pas. Génial.

Cette mise au point faite, je me balance dans la mêlée médiatico-fémino machiste de la cérémonie des César et de sa réflexion corollaire « faut-il séparer l’homme de l’artiste ? »


Qu’est-elle cette cérémonie ? Une fête nationale du septième art où l’on remet un prix à des hommes et des femmes artistes. Un putain de machin doré de notre sculpteur contemporain César qui comprimait des bagnoles pour en faire des sculptures. Il faut séparer là l’homme de la machine ou du machiniste qui comprimait pour lui. Lui c’était l’idée, la bagnole, le matos. L’art, le produit fini compressé plutôt qu’une épave rouillée. Mais un tas de ferraille dans un champ de blé au printemps, même non ratatiné, ne manque pas de gueule. Le photographe qui l’immortalise est un artiste aussi. Pigé ? Non, po grave…

Un autre exemple, David Hamilton, photographe, fut rendu célèbre par ses clichés de muses pubères demi-nues nimbées dans un halo de lumière. Photos érotiques sans y toucher, c’est ce qui en fit le charme. Mais il y a touché le fumier ! je parlais des muses… L’érotisme évoqué plus haut devient glauque. Dès lors, on en rougirait presque d’y avoir été sensible. Pour le coup, l’homme et l’artiste font corps dans la même dégueulasserie. Les photos restent esthétiques, mais elles ont perdu toute nuance artistique à mon goût.

Et notre cher Céline, ce fumier antisémite totalement assumé. Qui niera que son œuvre fut celle d’un virtuose de la littérature française ? Il reçut le Goncourt pour « voyage au bout de la nuit ». Consécration méritée et jamais contestée, dans une œuvre où il oublia son obsession raciste l’espace de quelques centaines de pages. En revanche si un prix devait être décerné à titre posthume pour l’ensemble de l’œuvre littéraire d’un auteur français, serait-il bienséant de nominer notre génial collabo ?

Pardonnez cette comparaison quelque part point de rupture dans un billet polémique sur le César remis à un cinéaste juif polonais d’origine. Les points sur les “i”me paraissent toujours utiles fussent-ils Godwin.

Revenons-en à notre cérémonie des César. On y remet donc un prix à un mec ou une nana qui a réalisé une œuvre dans l’année ou parfois pour l’ensemble de sa carrière. J’ai bien écrit « remis à ». On ne l’a pas remis à son chien, mais bien à quelqu’un(e). C’est une cérémonie, une fête avec des organiseurs responsables qui savent que l’on va applaudir un(e) artiste pour un film, un (e) actrice pour son interprétation et multitude de talents. Serait-il raisonnable de nominer un photographe amateur de petits seins pointus prépubères ou un cinéaste violeur récidiviste et en cavales ?

Pardon, présumé violeur…

C’est un peu ce qu’il s’est fait en ce qui concerne le dernier exemple. Je parlais là de Mr Polanski.

C’est un génie ce mec ! j’irai sûrement voir « j’accuse » et je l’apprécierai parce que j’aime aussi l’acteur Dujardin. Je séparerai les artistes qui constituent cette œuvre de leur CV tout simplement. Je sais même que si je ne l’apprécie pas, ce film fera des milliers d’entrées parce qu’il est de Mr Polanski qui n’a nul besoin d’un César pour souligner son talent. Il lui manque seulement quelques années de prison pour aider un peu ses victimes à passer à autre chose après des décennies de hontes et de stress.

Mais admettons que les derniers méfaits sexuels dont on L’accuse fussent de faux témoignages. Que le doute bénéficie à l’accusé comme il se doit, et dommage que la suspicion n’accable plus encore les victimes féminines. Enfin, que les quelques jours de prison qu’il fit pour le seul viol et la sodomie reconnue sur une mineure non consentante, car droguée, paraissent équitables. L’auteur du génial bal des vampires ne pouvait-il, par décence, décliner l’offre d’une nomination ? Le violeur même supposé, même excusé par sa première victime devient là un authentique salaud et les organisateurs aujourd’hui démissionnés de fieffés gougnafiers.

Remettons le nez dans cette étrange cérémonie. Je crie gloire à Florence Forestie qui la perfusa d’un rire grinçant, quand les hommes sur leur 31 et les femmes parées comme arbre de Noël pour l’occasion l’exhibait jaune. Gloire à Adèle Haenel qui partit en claquant la porte, honte à tous ceux qui sont restés pour recevoir leur breloque, une ligne de plus sur leur CV. Sait-on jamais des fois que l’intermittence les guetta. Honte aux mâles en redingotes qui sont allés chercher des poux dans la prestation de l’humoriste féministe et dans le passé de l’actrice violée par un autre réalisateur. Comme si les actes reconnus ou supposés de ces deux cinéastes libidineux ne faisaient pas assez tache sur les chemises blanches des mâles accusateurs. 

Harr ! Cette célébration, quelle soupe glauque ! Quel « trou noir » avide de perversion ! Quoique la métaphore céleste soit mal choisie. Ces objets insaisissables ont la décence de faire disparaître la matière qu’ils bouffent. Nos nominés vicieux y finiraient peut-être anti matière et plus sûrement antihéros ! Pour rester dans l’idiotisme de la physique cosmique, que la lumière manqua dans cet aréopage d’huiles photogéniques de n’avoir point largué dans le vide sidéral l’homme Polanski. L’espace temps se serait chargé alors de lui tailler un costard à la postérité ! Au lieu de cela, tous dans cette salle richement décorée, comme les téléspectateurs amoureux du cinéma dans leur salon, se sentirent assis entre deux chaises. D’un côté, celle du courage d’Adèle Haenel, de l’autre, celle de la complicité coupable des gens du 7e art français avec la énième idole phallocrate de la profession.

Et la connerie dans tout ça me direz-vous où est-elle ?

J’assume, le titre est mal choisi, car la connerie peut parfois s’excuser.

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