LA PUB

Je suis tombé dessus au hasard comme ça au milieu des pubs, des vertes, des rouges et des sans étiquettes presque anonymes. Là d’Intertruc, là de Bricotsointsoin et de Grosmachinsport.

Tombé au milieu du barbecue portatif et rotatif, des serviettes pas chères et des Nikes à deux balles. Il y avait même une pub des témoins de Jéhovah qui proposait un salut robuste, un peu austère, mais pas cher, quand le clocher de l’église sonna une rare messe d’un salut prêt-à-porter, léger et à crédit.

J’avais mis de côté l’une d’elles en papier glacé qui avait l’air aussi de promettre plein de trucs bon marché, faciles à porter et en toute sécurité. Je m’étais dit, tu iras y jeter un œil sans y attacher plus d’attention outre la photo couleur d’un sympathique couple qui posait en buste. Des tronches de tous les jours même pas photoshopées. J’aurais pu me dire, tu iras voir ça plus tard, ou ça m’a l’air pas mal, mais non, j’allais n’y balancer qu’un œil. Allez savoir par où parfois passe la réflexion et comment elle guide nos pas.

Le fait est que toutes les autres annonces finirent dans ma poubelle jaune, sauf celle qui brillait de promesses à mes yeux avec plein de petits drapeaux joyeux.

Oui ! depuis le 1er janvier, on pouvait mettre aussi les papiers dans la jaune.

Je suis allé faire pisser Lulu qui se foutait bien de toutes ces marchandises propres et sans odeurs en apparence. Bien que celle que j’avais mis de côté avait sûrement un fumé caché.

Ce n’est qu’à mon retour, alors que le soleil pointait au zénith, et la soif proportionnelle à la moiteur de ma chemise, qu’une bière à la main, je me suis plongé dans la pub sélectionnée par mes soins.

Vraiment, je me demande bien pourquoi celle-ci plutôt qu’une autre ? Peut-être parce que sur le recto elle ne promettait rien de pas cher, ni de promos ni de crédits. Elle balançait cash le sourire satisfait de ce couple de Gardois sympathiques, c’était marqué en gros, pour le peu que je puis lire dans la semi-pénombre qu’offraient mes persiennes fermées.

Je n’ai pas de préférence, n’allait pas croire, j’aurai été aussi sensible à des compatriotes, black, rebeu ou métisse, et même à un couple de même sexe, ni raciste ni homophobe que je suis. Mais je ne fus pas indifférent à ce binôme du terroir qui annonçait fièrement son département comme un étendard, en somme.

Ça faisait un peu kish le mec en cravate et la femme en femme de chez femme, mais je suis toujours favorable aux circuits courts, au consommé local l’acheté local pour moins nuire à la planète et préserver l’avenir. Je me suis pensé que cette pub devait être un truc comme ça. Il y avait aussi un logo en dessous, un label sûrement facilement identifiable et qui me disait quelque chose, mais dans l’obscurité que je m’étais imposée pour échapper à la canicule, ce n’était rien de bien distinct.

Bref, j’étais content de me plonger dans cette annonce étrange et si rare qui faisait sûrement promotion d’un produit bio à moins que ce ne fût une ligne de fringues gardoises pour couples ordinaires.

Tous les petits drapeaux bicolores dans la pénombre qui papillonnaient autour d’eux, me laisser aussi imaginer des prix bas. Peut-être, une promo pour un textile de fabrication locale vendu localement, une chose rare par les temps qui courraient où nos fringues venaient du bout du monde de mains d’enfants réduits à l’esclavage. À moins que ce ne fût un appel du genre venez rejoindre le Secours populaire, la croix rouge, les restos du cœur, le secours catholique, la banque alimentaire ou la Cimade. Bref, tout ce peuple de bénévoles bienveillants, prêt à donner de leur temps libre pour collecter quelques articles à la sortie d’un supermarché, faire une maraude tard dans une nuit d’hiver et apporter quelques mots réconfortants et une soupe chaude à des SDF ou des migrants oubliés. Prêt aussi à aider aux devoirs des enfants de couples précaires ou donner des cours d’alphabétisation à des étrangers en recherche d’emploi ou simplement d’un statut officiel de résidents.

Je ne regretterais pas mon choix si c’était le cas. La fin de l’été et mon premier automne de retraité s’annonçait avec une soif de m’atteler utilement contre la misère du monde.

Athée que je suis, et déçu d’une vie de militant pour des lendemains qui chantent, j’aspirai d’offrir concrètement mon aide à ceux dans le besoin, quelle que soit leurs religions et leurs pays de naissance.

Je retournais la page, pressé de lire ses affaires saines ou des nouvelles de ces bénévoles courageux.

Il n’y avait pas de photos au verso, mais deux colonnes tracées au cordeau, deux rangées de lignes bien espacées, aérées de grand paragraphe surmonté d’un titre en caractères épais style gothique. Une mise en page classique et sans fioritures qui tranchaient avec les pubs habituelles faites d’encart multicolore et de tailles variables pour passer d’une affaire à l’autre avec avidité.

Ici rien de tout ça, c’était du carré et sûrement facile à lire. J’aurais même pu discerner dans la pénombre et sans mes lunettes, si je m’y étais donné la peine, les titres des paragraphes alignés comme les rangées de soldats d’un défilé militaire. Non pas que je fus adepte de la musique qui marche au pas comme aurait dit Brassens, même tout son contraire, plutôt une aversion des uniformes et de l’autorité en général. Mais que l’on m’informe clairement avec une mise en page aérée et sans fantaisies avait mes faveurs. Mieux cela attirait mon attention.

En plissant les yeux, je lisais dans les gros titres : biodiversité, social, Cévennes, campagne, département, aides. Que des mots qui sonnaient bien. Étranges pour une ligne de fringues, mais compatibles avec une association ou un produit vertueux local. En même temps, veiller à une éthique sociale pour les travailleurs d’un textile voisin ou d’une ferme biologique implantée dans les Cévennes, siège d’un parc national garant d’une faune et flore riche, ce ne pouvait être que très heureux.

Décidément, cette pub avait un truc que les autres n’avaient pas. Mieux elle avait du sens pour moi, mieux encore un élan d’optimisme m’envahit. Je me disais qu’enfin la justice sociale, le souci pour l’environnement et la valorisation du territoire avec un produit bio vendu en circuit court prenait enfin sa place dans le quotidien. À moins que ce ne fût ces associations de l’ombre, et indigentes qui sollicitaient une aide. Ce n’était plus un truc de bobos ni d’écolos gauchos, mais une bonne vieille pub à lire sans culpabilité parce qu’elle allait dans le sens de l’humanisme ou de la protection de la nature et contre le réchauffement climatique.

Té ! J’en avais les larmes aux yeux. Je me suis dit j’achèterai ou je donnerai suivant le cas !

J’ai séché mes larmes et le sourire aux lèvres, j’ai enfilé mes lunettes et lu en diagonale les grands titres :

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