La recette de la quenelle au four


« Cher camarade

Je ne saurai jamais assez te remercier pour ton accueil en fachosie. À ma sortie de 5 mois de prison pour outrage à mobo et refus de prélèvement génétique, j’ai repris confiance en l’amitié et la solidarité.

J’avoue que je ne connaissais pas le Midi sous ce jour-là. Le pastis et les connards racistes du bistro de ton bled m’ont donné la gerbe, fallait avoir soif pour y entrer ! Mais il faisait très chaud et la soif justifie parfois les bains de boue. Je compatis sincèrement à ta peine de vivre au milieu de cons. Certes, ce n’est pas spécifique au Gard, mais le racisme et la bêtise avec l’accent du Midi valent leurs poids de cacahouètes. Il te reste le soleil faut pas te plaindre, le squat que tu m’as indiqué et où j’espère passer l’hiver en est sûrement moins arrosé, de soleil. De fachos je sais pas…

Ma traversée de la France n’a pas été difficile. J’ai pris deux voitures, une à la sortie de Nîmes, l’autre à Lyon qui m’a conduit sur le parking du camp de concentration nazi de Struthof en Alsace. Oui, je suis tombé sur un automobiliste déjanté, le crâne rasé et quelques tatouages qui sentaient très mauvais. Mais bon, y a pas de mal à profiter de la caisse d’un nostalgique du vert-de-gris pourvu qu’il mène à bon port. Marcel, qu’il se prénommait, comme le tissu ignoble de crasse et de sueur qu’il portait sur son torse velu. Je me demande ce que ce vieux facho allait faire dans ce sanctuaire de la barbarie nazie.

Je ne me le demande plus et nos chemins se sont séparés.

Bon, je ne dois pas trop m’attarder ici, ça sent la mort…

Le combat continue, camarade !

Je te conterai peut-être, une prochaine fois, la recette de la quenelle au four.

Rémy »

— Voilà, M. Bakar, la lettre de Rémy que j’ai reçue il y a 6 mois. Il m’écrit régulièrement tous les mois de coutume. Il est seul et en rupture avec sa famille. Je suis un peu son père d’adoption. Entre deux luttes souvent dures ces derniers temps, là à Notre Dame des Landes, là à Sivens, il vient se refaire une santé chez moi. Il sortait juste de prison pour un outrage à gendarme lors des manifs contre les violences policières au barrage de Sivens qui se sont soldées par la mort d’un jeune garçon, tué par la grenade offensive d’un mobo.

— Oui, je sais, j’ai suivi cela, les gardes mobiles ne sont ni tendres ni très fins. Ils obéissent aux ordres, si on leur dit de tenir, ils tiennent même s’il faut tuer pour cela. Ce sont des militaires.

— C’est aussi pour cela que j’ai fait appel à vous. De coutume, moi les flics vous savez…

— Je sais, fit le commissaire d’un air agacé.

— Ne le prenez pas mal, M. Bakar, vous c’est différent. Je sais votre enquête à Notre Dame des Landes (1) et je suis très inquiet, j’ai peur qu’il ait fait une connerie ou qu’il lui soit arrivé malheur, fit le vieil anar la larme à l’œil. Je suis monté à Strasbourg au squat que je lui avais indiqué. Mais, il a été évacué à la fin de l’été. Les camarades du coin ne l’ont pas vu ou ne s’en rappellent plus. Il est vrai que la marginalité de Rémy lui fait croiser plus de paumés nourris à la bière que d’intellos la tête pleine de Bakounine ou de Ledru Rollin.

— L’allusion culinaire à la fin de la lettre que signifie-t-elle ?

— Je n’en sais rien et certainement pas ce que vous pensez peut-être. Mais je l’avoue, cette fin énigmatique me trouble beaucoup.

Tenez, j’ai cette photo de lui prise à Notre Dame des Landes. Si elle peut servir pour vos recherches.

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