L’arbalète

Deux silhouettes humaines se détachèrent soudain de la congère géante qui ensevelissait les véhicules ; l’une d’elles s’immobilisa dans le geste menaçant de celui qui tient une arme à feu. Un éclair, une détonation, je m’effondrais, fauché par la peur.

Quand je relevais la tête, à moitié asphyxié, de la poudreuse plein les narines, les deux spectres de la mort avaient disparu. Je restais seul, transi, hébété.

Comment suis-je rentré ? Combien de temps suis-je resté à regarder le feu danser dans la cheminée, sans le voir ? Des images trottaient dans ma tête : les ombres, l’éclair, le sifflement de la balle restaient gravés sur mon tympan. Le projectile avait, sans doute, frôlé mon crâne. Je vivais, je pourrais être mort depuis une demi-heure, gisant dans la neige, les yeux ouverts dans le vide. J’imaginais le visage en pleur de Sabine ma femme, le beau regard de mon bébé, né il y a trois jours.

Pourquoi avait-il tiré ? Je ne le menaçais pas. Il voulait tuer par peur ou par bêtise ? Par peur, on ne vise pas, on tire en l’air. C’était donc la bêtise pour voler trois euros et une auto radio désuète. Je cherchais en vain des excuses : une vie précaire, le besoin, la haine légitime du bourgeois. Rien ne justifiait ce geste à mes yeux. Non il avait tiré comme tire un chasseur saoul sur un promeneur, comme un CRS sur un étudiant désarmé, comme siffle un supporter sur une équipe en déroute. Une liste non exhaustive s’offrait alors… Il allait tuer par connerie.

—-> A lire librement sur Atramenta

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